Vers choisis.

Deux sonnets  du Sieur du Soliers, connu sous le nom de Tristan l’Hermite, choisis. Dualité Maître/esclave, Homme/femme, Blanc/Noir, Fantasme/réalité, Force/faiblesse…tout y est. Bonne lecture.

LA BELLE ESCLAVE MORE.

Beau Monstre de Nature, il est vray, ton visage
Est noir au dernier point, mais beau parfaitement :
Et l’Ebene poly qui te sert d’ornement
Sur le plus blanc yvoire emporte l’avantage.

O merveille divine, inconnüe à nostre âge!
Qu’un objet tenebreux luise si clairement ;
Et qu’un charbon esteint, brusle plus vivement
Que ceux qui de la flame entretiennent l’usage!

Entre ces noires mains je mets ma liberté ;
Moy qui fus invincible à toute autre Beauté,
Une More m’embrase, une Esclave me dompte.

Mais cache toy Soleil, toy qui viens de ces lieux
D’où cet Astre est venu, qui porte pour ta honte
La nuit sur son visage, & le jour dans ses yeux.

MISERE DE L’HOMME DU MONDE

Venir à la clarté sans force & sans adresse,
Et n’ayant fait long temps que dormir & manger,
Souffrir mille rigueurs d’un secours estranger
Pour quitter l’ignorance en quittant la foiblesse :

Apres, servir long temps une ingratte Maistresse,
Qu’on ne peut acquerir, qu’on ne peut obliger ;
Ou qui d’un naturel inconstant & leger,
Donne fort peu de joye & beaucoup de tristesse.

Cabaler dans la Cour ; puis devenu grison,
Se retirant du bruit, attendre en sa maison
Ce qu’ont nos derniers ans de maux inevitables.

C’est l’heureux sort de l’homme. O miserable sort!
Tous ces atachemens sont-ils considerables,
Pour aimer tant la vie, & craindre tant la mort?

Choisis par Maîtresse Eva.

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